Discrimination salariale : comment en sortir ?

Discrimination salarialeComment lutter contre la discrimination salariale ?

Même si de manière générale les salaires se négocient librement dans le secteur privé, il existe tout de même certaines règles qui obligent en théorie à attribuer dans une même entreprise et à travail égal un salaire équivalant aux travailleurs, quel que soit leur sexe, leur nationalité ou encore leur âge.

Mais si ces règles sont plus faciles à mettre en place et à contrôler dans une grande structure, dans laquelle plusieurs employés ont la même fiche de poste, les mêmes horaires et les mêmes conditions de travail, cela devient beaucoup plus difficile dans de petites structures ou pour des postes spécifiques.

Il est difficile alors de mesurer la justesse d’un salaire, de comparer les membres d’une entreprise par rapport aux autres si chacun effectue des tâches différentes à des horaires différents ou n’endosse pas les mêmes responsabilités.

Pourtant, certains indicateurs nous montrent que la discrimination salariale est encore très forte.

Les femmes toujours victimes de discrimination salariale

Dernièrement, l’association féministe « Les glorieuses » a appelé symboliquement les femmes françaises à arrêter le travail le 7 novembre, les deux mois séparant cette date de la fin de l’année correspondant à la moyenne de différence de salaire entre les hommes et les femmes en France.

La loi française (et celle de bien d’autres pays) garantit une égalité de droits aux hommes et aux femmes dans tous les domaines, y compris dans le domaine du travail et de l’emploi.

Il est donc théoriquement impossible d’engager spécifiquement une femme ou un homme pour tel ou tel poste, ni bien sûr de prévoir des grilles salariales en fonction du sexe du travailleur.

Pourtant, les femmes françaises gagnent en moyenne 23,5% de moins que les hommes.

Il ne faut pas pour autant considérer ce chiffre comme une inégalité salariale.

Si hommes et femmes sont égaux devant la loi, des raisons sociologiques interviennent également dans la répartition de l’emploi entre hommes et femmes.

Pour des raisons culturelles, certains corps de métiers sont surtout plébiscités par des hommes (l’électronique, l’informatique) alors que d’autres sont au contraire majoritairement occupés par des femmes, notamment les métiers du soin et du social.

Malgré une parité de plus en plus grande en Occident, les femmes sont toujours plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel ou à quitter leur emploi pour s’occuper des enfants.

En revanche, 11% de ces écarts resteraient inexpliqués, 11% de discrimination salariale consciente ou inconsciente qui serait basée sur le sexe.

Les jeunes sont-ils inexpérimentés ou victimes de discrimination salariale ?

En France, une autre catégorie de travailleurs est largement moins bien payée que la moyenne et accumule à elle seule la majorité des contrats précaires : les jeunes.

Beaucoup partent à l’étranger en quête d’une meilleure considération pour leur travail.

Les jeunes travailleurs sont souvent désavantagés lorsqu’ils négocient leur salaire ou leurs conditions d’embauche.

« La faute à leur inexpérience » diront certains, mais pas uniquement.

Certes, on ne peut pas toujours parler de discrimination à l’embauche lorsqu’un jeune diplômé ou non, entrant à peine sur le marché du travail est moins bien payé qu’une personne plus âgée et plus expérimentée.

La discrimination salariale des jeunes se fait de manière plus insidieuse.

Dans ce que l’on nomme parfois la « génération stagiaire », beaucoup enchainent des années de stages non payés ou au niveau des minimas sociaux, occupant un poste à part entière, n’apprenant plus rien et enchainant les heures supplémentaires non payées.

En réalité, les bas salaires des jeunes (comparés à leurs aînés) en France et dans de nombreux autres pays occidentaux tiennent plus du fait qu’ils arrivent sur le marché du travail en temps de crise que d’une véritable discrimination salariale.

La crise financière et les taux de chômage particulièrement élevés mettent la pression à la baisse sur les salaires.

Les nouveaux entrants sont généralement moins bien payés et à des conditions moins intéressantes que ne l’étaient leurs aînés.

Plus que de souffrir de discriminations liées à leur âge, les jeunes souffrent plutôt d’être nés à la mauvaise époque, d’avoir raté le coche de la croissance et du plein emploi.

Il s’agit plus d’une génération sacrifiée que d’une génération discriminée.

La fin du salariat sonnera-t-elle la fin de la discrimination salariale ?

Le problème majeur est que les personnes à l’origine de discrimination salariale n’en sont parfois même pas conscientes.

Il s’agit d’un phénomène insidieux.

Peu d’employeurs décident délibérément de baser le salaire de leurs employés sur leur origine, leur sexe ou leur âge.

La discrimination salariale est le résultat d’un rapport de force, il est le reflet de notre société qui reste malgré tout patriarcale, ethnocentrée, et dans laquelle la jeunesse a du mal à s’émanciper d’une génération de baby-boomers à qui tout a souri.

Normer les salaires, imposer aux entreprises des grilles précises en fonction du niveau d’études ou des années d’expérience fonctionne mal.

Comme toute norme, cela enlève, sous prétexte de protéger, une certaine marge de manœuvre aux employeurs comme aux employés, en rendant par exemple plus difficile l’emploi des jeunes diplômés.

En réalité, la question ne se posera peut-être plus d’ici quelques décennies.

Non pas qu’il faille s’attendre à d’immenses progrès en matière de lutte contre la discrimination salariale, mais parce que le salariat est selon beaucoup d’analystes tout simplement voué à disparaître au profit de l’autoentrepreneuriat ou de modes de travail mixtes, évolutifs.

Dans cette configuration, les revenus ne sont plus liés à un emploi, un poste, un contrat de travail, mais plutôt à un travail fourni, à la vente d’un service ou d’un produit fini.

Ainsi, on ne donnera plus un salaire, une valeur mensuelle à un homme ou une femme.

Dans un monde d’entrepreneurs, chacun est rémunéré en fonction de ses compétences, de ses capacités et de son investissement personnel.

Il n’est pas du tout certain que la fin du salariat (ou tout du moins sa perte d’importance) résolve les inégalités sociales dans quelque pays que ce soit, mais la question se posera autrement.


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Commentaires

3 réponses à “Discrimination salariale : comment en sortir ?”

  1. Avatar de Charlotte

    Bonjour,

    Je me permets de réagir à ceci:

    « En réalité, les bas salaires des jeunes (comparés à leurs aînés) en France et dans de nombreux autres pays occidentaux tiennent plus du fait qu’ils arrivent sur le marché du travail en temps de crise que d’une véritable discrimination salariale.

    La crise financière et les taux de chômage particulièrement élevés mettent la pression à la baisse sur les salaires. »

    J’ai 24 ans et j’ai dû m’expatrier pour trouver un employeur qui daigne reconnaitre mon niveau d’études, et malgré ça, j’ai quand même commencé par un stage, et dû faire des heures supplémentaires impayées. Bref. Après j’entends mes parents dire « c’est vrai qu’à notre génération on avait plein d’opportunités d’emploi quand on sortait de l’école ». Ça entraine deux conséquences: la première, qu’ils ont fait beaucoup d’enfants qui se retrouvent tous en même temps sur le marché de l’emploi, ce qui sature forcement les champs de possibilités. Ça n’a donc, d’une certaine façon, pas été très malin de la part de nos aines. À ça s’ajoute le fait que, parce qu’ils ont été pour la plupart forcés de choisir des métiers somme toute classiques par leur propre parent, et tout allant bien pour eux ensuite, ils se sont dit « mon fils, ma fille, fait ce que tu souhaites plus tard, l’important est d’aimer ce que l’on fait ». Ça part bien évidemment d’une bonne intention, mais du coup tout le monde s’est dirigé vers les mêmes corps de métiers. Ce qui comme une fois réduit le nombre de débouchés. Je grossis la chose, il y a plein d’autres paramètres qui sont rentrés en ligne de compte entre temps.

    Après bien évidemment qu’ils n’ont pas spécialement anticipé la crise, même si avec du recul, elle est arrivée comme les autres avant elles, et je trouve ça dommage que nos aines aient manque de sagesse (qu’ils n’aient pas appris du passe), en se confortant dans l’idée qu’ils seraient manges par les vers avant que les conséquences négatives n’arrivent. Cette même génération qui ne va pas dans la rue manifester.

    Tout ça aussi pour en arriver à ceci: cette même génération a tendance à tout excuser sous le dos de la crise, un petit peu comme vous l’écrivez ici. C’est ce que les gouvernements veulent malheureusement nous faire avaler, et vous tombez dans le piège comme les autres, tout aussi naïvement. Si vous regardez le PIB de la France en 2016, la France n’a jamais été aussi riche. Crise? Ça dépends pour qui, cet argent, il va où? Pas dans nos salaires en tout cas…

    Juste avant cet article, j’ai lu celui sur le pessimisme, qui est un très bon article soit dit en passant.

    À un moment donné, vous avez écrit: « Pour cela, il est important d’éviter certains pièges qui sont un terreau favorable au développement du pessimisme. » Comme notamment le fatalisme, vous le dites vous-même ici: « Être optimiste, c’est voir des solutions là où d’autres ne voient que des problèmes, c’est s’emparer de son destin plutôt que de le subir. »

    Donc, soyez prudent, pour ne pas tomber vous-même dans la fatalité 😉

    La différence de salaire entre jeune et moins jeune soi-disant à cause de la crise, est une excuse. Les stages à cause de la non-expérience et de la crise, l’est aussi. Il y a des périodes d’essai sur les contrats pour ça. Avoir un diplôme aujourd’hui ne veut également plus rien dire, un ingénieur démarre au SMIC comme tout le monde.

    Ce n’est ici que mon opinion, et elle est portée par ma jeune expérience, donc probablement à relativiser, mais je haïs que beaucoup de jeunes pensent la même chose, que la crise est un prétexte. L’argent ne disparait pas, il change juste de porte-monnaie.

    En tout cas, merci pour votre investissement, j’apprécie toujours beaucoup vos articles.

    Bonne continuation!

    Charlotte

    1. Avatar de Adrien
      Adrien

      Bonjour Charlotte.

      Merci pour votre commentaire.

      Je comprends tout à fait ce que vous voulez dire. Je n’ai moi-même pas trouvé de travail en France après mes études et ai aussi dû m’expatrier (ce qui en soit est une expérience plutôt positive je trouve).

      Crise ou pas crise? Je n’en sais rien, je ne suis pas un expert en économie. Ce que je voulais dire par là, c’est que nous sommes dans une période durant laquelle l’emploi est précaire (la faute à qui? vaste débat) et que c’est cette précarité généralisée et cette compétition qui bloquent le salaire des jeunes diplômés plutôt que leur âge. Je pense que les quadras en reconversion professionnelle subissent également ce problème.

      Je ne vois pas ça comme une fatalité, je pense que les générations Y et Z sont pleines de ressources, très adaptables, très créatives et qu’elles sont en train de créer un nouveau modèle économique, de nouvelles formes de travail, qu’elles ont un rapport différent au salariat, et que de cette précarité qu’elles subissent elles feront une force, en développant plus l’entrepreneuriat et la création de petites structures dans lesquelles les jeunes s’épanouiront bien plus que dans de grands groupes.
      Ce n’est que mon point de vue. Je ne suis pas voyant, mais je suis d’un naturel plutôt optimiste…

      Encore merci pour vos encouragements.

      Adrien

      1. Avatar de Charlotte

        Rebonjour,

        Sur cette réponse, je suis entièrement d’accord. De même, j’ai pu constater que les quadras qui ont perdu leur emploi, ou qui se reconvertissent, sont en effet confronté au même problème, et ils se voient bien souvent obligés de redémarrer au bas de l’échelle, comme les jeunes diplômés, ce qui est d’autant plus frustrant pour eux qui ont déjà passé une bonne part de leur vie à travailler.

        Et je suis également profondément en accord avec vous sur le fait que l’expatriation est une formidable expérience, qui fait grandir, ouvre de nouvelles perspectives, apprend à voir les choses sous un angle bien différent, et qui donne également envie de vivre dans d’autres pays. Votre article à ce sujet était d’ailleurs très intéressant et très rassurant pour ceux qui parfois se lancent dans l’aventure malgré eux.

        À bientôt!

        Charlotte

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