Réussir un entretien d’embauche : la question psychologique

entretienStress, boule au ventre, bouche pâteuse, tremblements… on a tous connu la peur d’affronter un recruteur lors d’un entretien d’embauche.

Et pour cause, quand on connaît la conjoncture économique actuelle (en France notamment) et qu’on prend conscience de l’augmentation des exigences pour satisfaire à une définition de poste, on se dit qu’il vaut mieux ne pas se louper.

Tout cela sans même compter sur les paradoxes du processus de recrutement comme l’allongement des études ou la spécialisation, qui donnent naissance à des situations très cocasses :

Les jeunes diplômés voient de nombreuses portes se fermer pour cause de « manque d’expérience » et les personnes ayant travaillé depuis leur enfance et voulant se reconvertir, manquent de « bagage technique » ou présentent un « champ de connaissances trop limité ».

Bref, la situation est souvent la même : avant un entretien d’embauche, on exprime ses doutes, on se remet en question, au point parfois, de laisser sa confiance en soi au vestiaire et de complètement passer à côté de son sujet.

Le débat du jour se base sur ce constat, afin d’y apporter des éléments d’explication, d’aide, en rapport avec cette stimulation « négative » de notre psychologie lors d’un événement important comme un entretien d’embauche.

L’objectif ? Le réussir pourquoi pas… mais surtout comprendre comment en relativiser l’impact afin d’y évoluer de manière quasi naturelle.

1. Ce que nous voyons dans l’entretien d’embauche

Avant de nous intéresser aux comportements à adopter lors d’un entretien d’embauche, il convient de se demander comment nous en concevons la nature propre.

Quelle valeur a-t-il à nos yeux ? Pourquoi nous fait-il si peur ?

Bien évidemment, cette réunion prévue avec un potentiel employeur représente, a priori, une porte, un accès à l’emploi.

Dans un contexte où le taux de chômage est en perpétuelle augmentation, c’est un fait non négligeable, c’est certain.

Voilà de quoi faire de l’obtention d’un travail, une priorité, un objectif vital.

Mais en réalité, la remise en question personnelle ne vient pas de cette nécessité de trouver une occupation.

Non, selon moi, elle vient du poids pesant sur notre ego, du passage au crible de notre potentiel et de la possible mise en avant de nos lacunes.

Personne n’aime être jugé, étudié, analysé, pour déterminer un taux de satisfaction ou au contraire recevoir un avis négatif, qui serait alors une preuve d’un certain manquement, d’une incapacité.

Cela crée un conflit interne entre la volonté de satisfaire au regard d’autrui et celle de favoriser son affirmation personnelle.

C’est ce qui nous amène parfois à « mentir » ou à abonder dans le sens d’un recruteur, simplement pour ne pas qu’il mette en valeur un écart entre notre personnalité et ses critères de sélection.

Pour nous, l’entretien d’embauche ressemble plus à une évaluation personnelle, à un procès, qu’à une véritable validation de nos acquis professionnels.

Les recruteurs sont alors perçus comme de vils petits enquêteurs, tentant de mettre le doigt sur nos faiblesses, nos dysfonctionnements, afin de nous éjecter rapidement.

2. Ce à quoi on pourrait objectivement résumer un entretien d’embauche

C’est là que l’introspection et la réflexion peuvent mener à l’objectivité.

Un entretien d’embauche n’est évidemment pas comparable à un jet de tomates sur un prisonnier attaché au pilori.

Bien que l’entretien d’embauche reste un des rapports sociaux les plus déséquilibrés qui existent, ce jugement de valeur, cette impression d’iniquité est évidemment plus présente dans la tête des candidats que dans celle des recruteurs.

Ils ne se voient pas en effet comme des persécuteurs ou des entités légitimes à juger votre potentiel global ou votre personnalité intrinsèque.

Leur rôle est simplement d’étudier vos réactions en fonction de leur discours pour se faire une idée de la correspondance entre vos réflexes relationnels et l’image de marque de l’entreprise pour laquelle ils travaillent.

En réalité, pour réussir un entretien d’embauche, il faut parvenir à se dire que ce n’est pas VOUS en tant que personne qui serez évalué, mais bien votre plus ou moins grande compatibilité avec les attentes de vos interlocuteurs.

Or, ces dernières sont nécessairement fantasques, puisqu’un entretien d’embauche est une situation fictive, artificielle, presque « irréelle ». On y plante un décor et on y joue un rôle.

C’est d’ailleurs quelque chose que j’ai pu vérifier plus jeune. Au sortir de l’université, j’ai eu un entretien dans un cabinet de chasseurs de têtes, pour justement travailler avec eux.

Et là, ils m’ont fait le grand classique du « bon et du mauvais flic » mais version réunion de travail.

Une femme, très agressive, reprenait mes fins de phrases, voulant me montrer que j’étais un moins que rien, et un homme, compréhensif, sympathique, semblait quant à lui tenter de refréner sa collègue, et me parlait comme à un ami quand la jeune femme sortait de la pièce.

Le bilan n’a pas été des plus positifs. J’étais jeune, je me suis fait prendre au jeu et suis rapidement monté dans l’agressivité… Mais j’ai beaucoup appris ce jour là.

3. Ce qu’il faut savoir avant de se rendre à un entretien d’embauche

Comme vous pouvez le percevoir à mesure que le raisonnement avance, c’est bien évidemment d’un point de vue psychologique qu’il vous faut aborder la situation, si vous voulez relativiser l’enjeu d’un entretien d’embauche et finalement mettre toutes les chances de votre côté.

Cette logique, elle s’applique aussi à votre préparation : vous ne chercherez pas à construire un personnage éloigné de vos valeurs personnelles, à tenter de manipuler votre audience ou à vous inventer une vie, mais bien à faire primer votre besoin d’affirmation personnelle et la démonstration de votre confiance en vous, quel que soit le cadre et/ou le déroulement de l’échange.

De par sa nature, l’entretien d’embauche est contradictoire. Vous pouvez très bien faire forte impression alors même que l’échange n’a pas eu l’air de tourner en votre faveur.

À ce prix là, autant se baser sur le corps de votre intervention plutôt que sur les impressions laissées par votre propension à vouloir « défendre votre steak ».

Concrètement, vous devez donc être capable, le jour J, d’exposer votre projet de vie, de démontrer votre farouche intention d’axer votre évolution sur une logique de développement personnel et non sur votre besoin de renflouer vos caisses.

Les principaux piliers de votre raisonnement sont regroupés ici : ils représentent les questions auxquelles vous devriez vous apprêter à répondre avant de vous rendre à un entretien d’embauche.

Qui êtes-vous ?

Se définir en tant qu’entité consciente n’est jamais aisé. Si on vous demande d’en dire plus sur votre personnalité, évitez de tomber dans la facilité en énumérant vos qualités et en avouant avoir « des défauts » comme le perfectionnisme…

Soyez plutôt du genre à mettre en avant vos traits de caractère qui prouveraient votre capacité d’adaptation (le fait de pratiquer un sport d’équipe, d’être impliqué dans la gestion d’une association, d’être à l’origine de la création d’entreprises…) ou de compréhension de la définition de poste (en parlant d’expériences similaires en termes de responsabilités ou de la pratique maîtrisée de certains logiciels, par exemple).

Faites dans le concret et l’impersonnel. Démontrez votre éclectisme, votre soif d’apprentissage et votre curiosité envers votre environnement.

Pourquoi êtes-vous la personne faite pour ce poste ?

C’est une question à laquelle il faut savoir répondre. Pas nécessairement vis-à-vis des recruteurs, mais plus par honnêteté envers vous-même.

Si votre motivation est absente, ou uniquement financière, cela se verra, sera perceptible. Vous devez donc réfléchir préalablement à tout ce qui vous attire dans l’entreprise et la tâche qui pourrait vous être confiée.

En faisant référence à votre apprentissage personnel au cours de vos expériences passées et à votre vision de la vie, vous pourrez ainsi clairement exprimer en quoi vous pourrez vous épanouir avec ce type d’emploi, et insister sur le fait qu’un salarié épanoui est nécessairement un salarié efficace !

Comment imaginez-vous votre avenir proche ?

Question traditionnelle, elle formule une interrogation sur votre stabilité professionnelle et personnelle. Le piège ici serait de partager un fantasme d’existence pleinement épanouie, qui ne laisserait plus de place à la motivation personnelle.

Évitez ainsi toujours de parler de vos désirs familiaux ou de votre volonté de changer votre vie.

Ces aspirations doivent bien entendu rester « secrètes » pour pouvoir envisager votre implication sur le long terme.

Ainsi, soyez plutôt du genre à parler de votre désir de vous inscrire dans une logique de travail, dans un cadre vous permettant certes de subvenir à vos besoins, mais non sans fournir des efforts conséquents.

Quelles sont VOS questions à destination de votre recruteur ?

Cet aspect, bien que peu souvent abordé, est plus important qu’il n’y paraît.

L’objectif d’un entretien d’embauche, ce n’est pas uniquement de vous évaluer, de vous tester. Vous avez aussi votre mot à dire.

À la fin de la discussion, on devrait vous demander si vous avez des questions à formuler. Ce moment n’est pas anodin.

Saisissez alors votre chance pour vous renseigner sur les points du fonctionnement de l’entreprise qui restent obscurs à vos yeux (politique salariale, concurrence, méthode de gratification…)

Cela vous permettra non seulement de démontrer que vous avez fait des recherches sur votre potentiel futur employeur, mais aussi, et surtout que vous l’assimilez comme un éventuel facteur participant à la définition de votre épanouissement psychologique, de la stabilisation de votre situation.

D’autre part, c’est aussi un excellent moyen de se faire une meilleure idée de l’ambiance de travail, à travers un échange qui devient tout de suite moins informel.

De quoi vous rassurer sur votre choix ou à l’inverse, vous permettre de vous rendre compte de la perte de temps représentée par ledit entretien d’embauche.

Alors c’est vrai, nous avons aujourd’hui fait l’impasse sur bon nombre de conseils et d’aspects primordiaux de l’entretien d’embauche (je pense notamment à la communication non verbale ou aux erreurs à absolument éviter), mais je ne pouvais me permettre de rallonger cette production.

En revanche, ce que je peux vous promettre dès maintenant, c’est la parution d’autres articles portant sur ce même thème, et ce, très prochainement.

Il est temps pour moi de vous souhaiter une excellente fin de semaine et de vous dire à bientôt sur Réussite Personnelle !


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Commentaires

4 réponses à “Réussir un entretien d’embauche : la question psychologique”

  1. Avatar de Chantal
    Chantal

    Bonjour J&B,

    Quel article ! Tu résume vraiment très bien tout le contexte de l’entretien d’embauche et là, je suis en voie de devenir une pro à ce niveau avec tous ceux que je me suis tapée (pas celui du bon et mauvais flic cependant !) ! J’en ai vue de toutes les couleurs, certains étaient même pathétiques avec leur méthode… genre éléphant dans un corridor ! Mais je me fais plaisir dans les cas où je sais que ça ne marchera pas, je teste des petits trucs pour voir les réactions ! Ce que j’aime aussi, c’est quand on me prend pour une idiote… c’est très révélateur du genre de philosophie de l’entreprise.

    Le problème avec moi, c’est que je dégage trop (pitbull féminin: imagine, je suis comme les voitures filles dans Les bagnoles de Walt Disney mais au lieu d’une bagnole, prends un Pitbull !) et ça intimide beaucoup les gens que je rencontre. Non seulement je dégage beaucoup mais je suis également très féminine, j’ai confiance en moi et en mon potentiel, je suis indépendante et rationnelle et je ne me laisse pas démolire avec leurs tactiques à la con de nous dévaloriser pour faire réduire nos exigences salariales, ou nous faire adhérer à leur « cheap labor », de nous insulter à mots couverts = je sors trop du lot… et mes récents apprentissages sur le BL m’ont beaucoup servis.

    De nos jours, il faut être incolore (sans maquillage), inodore (sans parfum) et sans saveur (vêtements informes ou « cheaps » et talons plats), ce que je ne suis pas du tout ! Donc, je pique la curiosité (classe et élégance) et je fais peur (intimidante) ! Ça semble drôle mais c’est parfois un boulet. Je suis pourtant parajuriste donc, je me cherche un emploi dans le domaine juridique, cabinet d’avocats ou étude de notaires = des professionnels = des gens forts mentalement et psychologiquement mais je les déstabilise quand même… surtout les femmes. Ceux que j’ai en face de moi doivent être des leaders forts pour m’accepter et de préférence masculin parce que les femmes, c’est plus la jalousie et la rivalité que je leur inspire…

    Je suis intègre et constatant mes échecs lors des entretiens, j’ai fait une introspection, une remise en question et je me suis même travestie un peu pour certains entretiens, dans le sens où j’ai été inodore, incolore et sans saveur mais ça n’a pas duré parce qu’en me travestissant, je me sentais comme un imposteur et ça a dû se dégager de moi, c’est certain. À quoi bon me trouver un milieu de travail dans lequel je ne serai pas à l’aise ? Je l’ai déjà vécu et je préfère passer mon tour…

    C’est drainant de passer toutes ces entrevues et je n’avais de cesse de me dire : « il y a un employeur quelque part qui cherche quelqu’un avec mes qualités, CONTINUS ma vieille » et ça a fini par payer ! 3 offres d’embauche sur la table en même temps avec des délais serrés pour donner une réponse, je n’avais jamais vécu une telle situation auparavant ! Celui pour lequel je travaille en ce moment m’a qualifié de « rationnelle et directive » et c’est le profil de personne qu’il recherchait pour seconder l’avocat en question. ENFIN ! 2 semaines plus tard, je suis toujours en lune de miel avec mon « emploi charmant » !

    Un autre truc qui me nuit toujours quand je rencontre les gens c’est qu’ils ne peuvent pas comprendre que je suis ce que je suis ! Bizarre hein ? Je m’explique. Je suis en mesure d’utiliser les 2 hémisphères de mon cerveau. Oui, tu vas me dire que tout le monde le peux mais NON, les gens ont toujours un hémisphère dominant, pas moi, les 2 sont égaux. J’ai passé des tests psychologiques variés et c’est le résultat que j’ai obtenu. J’explique ça par le fait que j’ai d’abord étudié en sciences humaines et ensuite en droit, ces 2 domaines nécessitent des habiletés développées dans chacun des hémisphères.

    Bon, je m’arrête ici, je pourrais écrire un livre sur les entretiens d’embauche et les anecdotes vécues !

    Cordialement, UNE québécoise

    1. Avatar de Jean-Baptiste
      Jean-Baptiste

      Bonjour Chantal et merci pour ce commentaire !

      Félicitations pour l’emploi trouvé, et bon courage !

      Très intéressante cette analyse des employeurs 🙂

      J’abonde totalement dans ton sens quand tu parles de se travestir. Ce n’est absolument pas la chose à faire. Si le contact ne passe pas, c’est tout simplement que le poste n’est pas fait pour nous !

      N’oublions pas notre affirmation personnelle !

      À bientôt 🙂

  2. Avatar de Direct Etudiant

    Oui, c’est très important à la fin de poser des questions si vous en avez l’occasion, car ça montre que vous êtes curieux !

    Vous pouvez même demander au recruteur quelles études a-t’il fait avant d’en arriver là, etc.

    Plus vous arriverez à parler d’autres choses, plus il gardera un bon souvenir de vous. Il faut être agréable et savoir parler d’autres choses puisque ça deviendra aussi votre collègue, c’est-à-dire la personne avec qui vous allez sûrement manger le midi !

    1. Avatar de Jean-Baptiste
      Jean-Baptiste

      Effectivement !

      Merci pour votre participation.

      À bientôt,

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