Solidarité : nous rend-elle plus sexy ?

solidaritéLa solidarité est à la base de notre capacité à vivre ensemble. C’est indéniable.

Que vous soyez solidaire dans vos relations de voisinage, dans votre manière de consommer ou dans vos activités à l’autre bout du monde, vous œuvrez certainement à construire un monde meilleur et plus fraternel.

Mais qu’en pensent les personnes qui vous entourent ?

Quelle image renvoient les personnes solidaires ?

Et surtout, la solidarité n’est-elle pas parfois détournée de ses objectifs premiers, pour des raisons de marketing ou pour se mettre en avant ?

La solidarité fait vendre

La solidarité serait-elle devenue un argument de vente ?

Des tablettes de chocolat issues du commerce équitable aux marques reversant une partie de leurs bénéfices à des œuvres de charité, les grandes entreprises ont bien compris qu’il y avait un marché de la solidarité et qu’il était florissant.

L’industrie du tourisme s’est également emparée de ce phénomène.

Enseigner l’anglais dans l’école d’un bidonville pendant quelques semaines ou jouer aux apprentis infirmiers dans un dispensaire africain entre deux safaris, voilà l’idée que certaines agences ont eue pour attirer une nouvelle catégorie de voyageurs en quête de sens.

Ce phénomène de « volontourisme » (contraction entre volontariat et tourisme) a explosé ces dernières années, avec parfois des conséquences dramatiques.

Au Cambodge par exemple, où le volontariat dans les orphelinats fait pleinement partie des visites touristiques à ne pas manquer, l’UNICEF dénonce la politique de certains de ces établissements consistant à attirer par tous les moyens des enfants qui ont encore leurs parents pour répondre à la demande toujours plus grande de touristes bien intentionnés.

La solidarité aide à créer un monde meilleur

Mais attention ! La solidarité n’est pas qu’un marché.

Elle peut également être une manière altruiste d’envisager l’entrepreneuriat, plus respectueuse de l’environnement et des travailleurs tout en offrant une meilleure répartition des richesses.

Les séjours de « tourisme humanitaire » ne sont pas forcément utiles directement aux populations locales, mais ils sont souvent une forme de financement alternatif pour les ONG partenaires, leur offrant une plus grande marge de manœuvre qu’une subvention publique.

Le concept de « commerce équitable » est utilisé à tort et à travers de raisons mercantiles, mais il est aussi une réalité plus noble, celle d’hommes et de femmes qui font tout ce qui est en leur pouvoir pour rendre le commerce mondial plus juste.

L’important est de rester vigilant et de faire la différence entre les coups marketing et les vrais projets solidaires.

Quand la solidarité s’invite sur Tinder

Tinder, vous connaissez sans doute, c’est cette application de rencontre géolocalisée grâce à laquelle vous avez la possibilité d’entrer en contact avec le prince charmant (ou votre princesse) en l’élisant simplement à l’aide de photos, comme si vous la choisissiez sur catalogue.

En fait, Tinder est un symptôme de notre société de zappeurs, obsédée par l’image et le plaisir immédiat, nous poussant à nous vendre en peu de temps tel un produit publicitaire, à peaufiner notre profil comme un projet marketing et parfois à travestir la réalité pour attirer l’œil.

Mais certains iraient-ils trop loin dans cette quête de l’image parfaite ?

C’est en tout cas ce que dénonce le site « Humanitarians of Tinder » qui publie chaque jour des photos de profils Tinder prises dans des bidonvilles, au milieu de populations déshéritées ou lors de missions humanitaires.

Le phénomène ne touche pas particulièrement les professionnels de la solidarité et de l’humanitaire, mais surtout des novices, partis une semaine ou deux en Afrique, en Asie ou en Amérique latine afin d’allier plaisir du voyage et démarche altruiste.

Le surf plus sexy que l’humanitaire

Outre la question éthique que pose le fait d’utiliser des photos d’enfants en guenilles dans l’unique but de se mettre en valeur, ce genre de pratique nous interroge également sur ce qu’est réellement la solidarité.

Consacre-t-on du temps à aider son prochain par réel altruisme, par culpabilité de se sentir privilégié ou par pur narcissisme, pour renvoyer au monde une image positive de sa propre personne ?

Certainement pour tout cela à la fois.

Mais faire preuve de solidarité a-t-il réellement un impact positif sur notre image ?

En d’autres termes, la solidarité nous rend-elle réellement plus sexy ?

D’après le site Wired, qui a recensé les mots clés les plus recherchés sur les sites de rencontre, mieux vaut faire du surf ou du yoga pour avoir un profil qui cartonne que d’aller creuser des puits aux quatre coins de la planète.

En effet, il semblerait que la démarche ne soit pas tellement payante en termes de likes.

La solidarité ne doit pas être mise en scène

Mais alors la solidarité est-elle boudée par les amateurs de sites de rencontres ? Pas spécialement.

En réalité, c’est surtout sa mise en scène qui n’est pas appréciée.

Au même titre que la générosité ou la beauté physique, la solidarité est une qualité reconnue uniquement si elle est accompagnée d’une certaine humilité.

On a surtout tendance à apprécier les personnes sincères et honnêtes, pas les fanfarons mettant en scène leurs exploits dans l’unique but de se faire mousser.

Dans le marketing comme sur Tinder, nous avons tendance à nous méfier de la surexposition de bons sentiments.

Lorsqu’une compagnie pétrolière se vante de financer une action écologique, nous sommes beaucoup à douter de son honnêteté et à flairer le « coup de communication ».

Le même réflexe nous vient lorsqu’il s’agit de personnes.

Nous sommes jugés sur la globalité de nos actions, sur notre comportement, pas sur un geste sporadique, un voyage solidaire ou une photo de profil.

Mais en réalité, la vraie question est : peut-on réellement être soi-même sur une application comme Tinder ?


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Commentaires

2 réponses à “Solidarité : nous rend-elle plus sexy ?”

  1. Avatar de Roch
    Roch

    Merci beaucoup pour votre article et surtout votre lucidité !

    En effet nous sommes désormais (encore plus que jamais) dans une société régie par l’image de soi : nous sommes devenu un produit, comme tout produit proposé au marché avec ses codes (marketing, merchandising,…).
    Ce qui est grave et désolant est l’utilisation de ce process dans l’humanitaire.
    Pour qu’on dise de nous ! Ostentation pure, l’un des plus grands vice.

    Merci de nouveau pour votre bonne analyse.

    1. Avatar de Adrien
      Adrien

      Merci pour votre message.
      Ce que je trouve positif dans ce que montre cette étude c’est quand même le fait que ce genre attitudes est perçue négativement. Tout n’est pas perdu 😀
      Très bonne journée et encore merci

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