Égocentrisme : il nous anime tous

L’égocentrisme, un terme issu des mots latins « ego » (moi) et « centrum » (centre), caractérise les personnes qui ont tendance à tout ramener à leur propre personne, à penser qu’elles sont le centre du monde, à être « nombrilistes ».

Mais cet égocentrisme est présent chez chacun d’entre nous à des degrés différents. Il nous permet même d’avancer dans la vie.

L’égocentrisme est inhérent à l’être humain

Dans la théorie psychanalytique, plusieurs auteurs, notamment Sigmund Freud (encore lui), évoquent la notion de « narcissisme primaire » ou encore de « narcissisme originaire » comme explication de notre égocentrisme.

Selon cette théorie, nous serions tous à la naissance complètement narcissiques, sans aucune conscience du monde extérieur et de l’altérité, en imaginant que nous sommes le monde et que tous les objets ou personnes entrant en interaction avec nous ne nous sont pas extérieurs.

Imaginez-vous un nourrisson sortant à peine du ventre de sa mère et n’ayant jamais fait l’expérience de la rencontre avec l’autre, qui ne s’est jamais vu lui-même qui ne sait pas encore qu’il est une personne.

Comment pourrait-il imaginer qu’il appartient à une espèce dans laquelle évoluent d’autres individus ?

Mais cet égocentrisme de la naissance va peu à peu s’apaiser au fur et à mesure que nous sculptons notre personnalité, au fil de certaines étapes : le sevrage qui met une barrière entre la mère et l’enfant, le fait de voir pour la première fois le reflet de son propre visage dans un miroir, les interactions successives que nous avons dans l’enfance et à l’adolescence, les frustrations qu’elles entrainent et les compromis que nous devons accepter.

Nous sommes tous égocentriques

En réalité, nous avons donc tous fait l’expérience de l’égocentrisme, pas un égocentrisme malsain sous-tendu par un mépris de l’autre, mais plutôt un égocentrisme naïf lié à notre méconnaissance totale de notre environnement.

Et même une fois devenus adultes, nous restons tous quelque peu égocentriques, chacun à des degrés divers.

Et bien heureusement ! Personne ne peut savoir mieux que nous ce à quoi nous aspirons, ce dont nous avons besoin. Centrer ses actions en fonction de ses aspirations et de ses priorités est essentiel.

Comment réussir de longues études, trouver un travail, se lancer dans une activité, écrire un livre, faire du sport, tomber amoureux si l’on ne met jamais ses actions en adéquation avec ses besoins et ses envies ?

Certains iront même jusqu’à dire que nous ne faisons rien gratuitement, que l’altruisme n’est qu’un leurre, que toutes nos actions, même les plus charitables, n’ont comme seul but que de se faire bien voir, d’alléger sa conscience ou d’attendre quelque chose en retour.

La vérité se situe certainement entre les deux.

« Égocentrisme » vs « altruisme »

Dire que nous sommes tous égocentriques ne revient pas à dire que nous ne pensons pas aux autres.

Le problème de l’égocentrisme n’est pas tant de penser à sa propre personne, à ses besoins et ses envies que de savoir placer le curseur à égale distance entre soi et les autres.

Nous sommes tous capables de compassion, c’est-à-dire de se mettre à la place des autres, mais à des degrés divers. Pourtant, nous vivons en société et avons besoin des autres pour évoluer.

Il est donc essentiel de se préoccuper des autres.

Développer la compassion est plus important que de lutter contre son égocentrisme.

Si vos proches ont tendance à pointer votre égocentrisme, travailler votre capacité d’écoute, notamment en vous adonnant à l’écoute active.

Lors de conversations ou de débats avec vos proches, laissez vos arguments et vos idées de côté un instant et tentez de comprendre les personnes qui vous entourent.

Être à l’écoute ne vous oblige pas à être d’accord…

L’égocentrisme est un moyen de se protéger

Nous avons souvent tendance à mélanger égocentrisme et amour propre. Être égocentrique ne signifie pas être imbu de sa personne, se penser plus fort, plus intelligent, plus pertinent que les autres.

Il s’agit plus d’une manière d’appréhender le monde qui nous entoure et de prioriser les choses. Une personne égocentrique ne se croit pas supérieure, elle se protège contre le monde extérieur qu’elle considère souvent comme menaçant.

Les personnes les plus égocentriques sont généralement les plus mal à l’aise, les plus inquiètes, voire les plus paranoïaques.

Nous portons souvent un regard négatif sur les personnes faisant preuve d’égocentrisme, et nous avons de bonnes raisons de le faire. Ces dernières, en faisant passer leur intérêt bien devant celui des autres, nuisent généralement à l’ambiance et à l’efficience d’un groupe.

Mais attention à ne pas voir l’égocentrisme uniquement comme un déni « je-m’en-foutiste » de l’autre. Il s’agit avant tout, et comme pour beaucoup de mécanismes psychiques, d’un moyen de se défendre contre une menace réelle ou fabulée venant des autres.

Si certaines personnes très égocentriques pensent et veulent toujours avoir raison, c’est plus par peur de la contradiction et de l’humiliation que par réelle conviction de détenir la vérité.

L’égocentrisme nous place dans une compétition permanente avec autrui.

Cette compétition peut-être saine à petites doses, mais nuisible lorsqu’elle est généralisée et que nos rapports avec les autres se font systématiquement dans la défiance.

Ethnocentrisme et égocentrisme : les mêmes mécanismes

L’égocentrisme est un mécanisme de défense utile, mais il est mal adapté s’il s’exprime de manière extrême.

On pourrait faire un parallèle avec la notion d’« ethnocentrisme », souvent utilisée en anthropologie, et qui désigne le fait de tout interpréter selon sa propre culture en, n’étant pas capable d’imaginer qu’il existe d’autres manières d’appréhender le monde.

Nous sommes tous ethnocentriques, autant que nous sommes tous égocentriques.

Notre culture est un modèle pour nous qui nous donne des valeurs, des repères, des normes, et qui nous aide à comprendre le monde qui nous entoure en le simplifiant, en le faisant entrer dans un cadre dont parfois il déborde.

Dépasser cet ethnocentrisme nous permet une meilleure compréhension du monde et une introspection de notre propre culture, de nos propres habitudes, de choses qui nous paraissent parfaitement normales, mais sont en réalité complètement culturelles.

De la même manière, un égocentrisme démesuré peut témoigner d’une incapacité à se projeter ou à se regarder de l’extérieur.

Tout comme l’ethnocentrique verra la remise en cause de sa culture comme une menace, l’égocentrique se sent menacé par la critique, la remise en question de son mode de vie ou de penser, mais tous deux peuvent facilement se laisser enfermer dans une vision caricaturale d’eux-mêmes qui les empêche de s’épanouir.


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